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  • bareauantonin

Zone de haut potentiel (1)

Dernière mise à jour : 12 nov. 2023


Nuage de mots sur le haut potentiel
Illustration

"Haut Potentiel"... A eux seuls ces deux mots regroupent tout un imaginaire.... Entre "plein potentiel" et Hôpital Psychiatrique selon les personnes. Entre hyper machin et hypo truc. Entre génie et inadapté social. Dans cette série d'articles je vous propose d'examiner l'état des connaissances sur ce type de profil humain à partir d'un ouvrage de référence récent "Psychologie du haut potentiel: comprendre, identifier, accompagner" de Nathalie Clobert et Nicolas Gauvrit. C'est un ouvrage scientifique bien sourcé et avec de nombreux intervenants différents. Vous pourrez alors vous détacher des stéréotypes qui collent à ce profil et mieux comprendre leurs besoins spécifiques dans l'accompagnement. Résumer un livre aussi riche est un exercice extrêmement riche en soi. Il est assez difficile de donner du contenu sans noyer le lecteur, n'hésitez pas à me donner votre avis, ça m'interresse!

Tout d'abord, puisque nous parlons de HP, il faut bien parler (briévement) d'intelligence et de quelques un des modèles qui la décrivent. Certains prennent en compte le QI, la créativité et l'engagement dans la tâche (Renzulli et son modèle des 3 anneaux), d'autres prennent en compte l'intelligence réussie (WICS) qui est un mélange d'intelligence analytique (QI), d'intelligence créative et d'intelligence pratique (Ce qui prend en compte les réalisations... ce qui n'est pas idiot puisqu'un mec intelligent assis dans un canapé va moins loin qu'un con qui marche...).. Il y a enfin le MDDT (Modèle différenciateur de la douance et du talent) qui distingue compétence et talent. Selon ce modèle, une compétence est le résultat d'un apprentissage. Celui ci peut être facilité par une aptitude / Douance (prédisposition génétique qui rejoint le HP). La compétence poussée à l' extrême devient un talent. Le talent étant donc fonction de prédispositions mais aussi (et surtout!) du travail.... Nous y reviendront lorsque nous parlerons du cercle vertueux du HP. On voit donc bien que même si le QI n'explique pas tout, il reste central dans la plupart de ces modèles. Cela est renforcé par le fait que les test de QI sont fiables et faciles à mettre en oeuvre. Un auteur comme Gardner a remis en cause cette prédominance du QI dans la mesure de l'intelligence avec son modèle des intelligences multiples. Sa théorie est intéressante en ce qu'elle remet d'autres aptitudes à l'honneur que celles évaluées par les tests de QI. Elle valorise ainsi à nouveau certains individus dont les compétences sont aussi essentielles dans nos sociétés que celles que développent les HP. Toutefois, sa théorie est toujours soumise à controverses et les intelligences/aptitudes qu'il relève sont difficilement quantifiables (Ce qui est beaucoup moins le cas avec les test de QI qui figurent parmi les tests psychologiques les plus fiables). Nous nous concentrerons donc ici sur les HP comme étant les individus ayant un QI élevé, sans que cela remette en cause l'intérêt et l'utilité pratique d'autres modèles de l'intelligence. C'est juste un parti pris pour créer une carte fonctionnelle qui permette d'explorer un territoire. Il faut d'ailleurs commencer par relever que l'identification du HP est plus délicate que l'obtention d'un simple résultat chiffré.... En effet, on utilise la valeur seuil de QI de 130 au delà de laquelle on obtiendrait son sésame pour le haut potentiel. Relevons pour commencer que ce n'est pas complètement dénué d'intérêt car, à 8 ans, cela correspond, généralement, dans la réalité à une précocité de 2 ans ce qui fait naitre des besoins spécifiques dans le domaine scolaire. Mais, d'un autre côté, l'intelligence est une coordination efficace de différentes aptitudes. Or on ne sait pas vraiment si les test de QI évaluent toutes ces aptitudes qui forment l'intelligence... Les test de QI classiques se limitant aux aptitudes suivantes: rapidité cognitive, perception visuelle, mémoire générale, connaissances et capacité de résolution de problèmes. De plus, bien qu'une corrélation aie bien été observée entre ces différentes aptitudes (Elles ont tendance à varier ensemble dans la même direction), cette corrélation a une limit. En effet, au plus le QI est élevé, au plus les résultats obtenus sont disparates entre ces différentes aptitudes. Cela amène parfois à des résultat aberrants où, par exemple, certaines aptitudes sont très au dessus de la moyenne mais le QI est en dessous de 130. Cela a amené à la création de deux sous catégories de HP: les laminaires (résultats homogènes pour ces différentes aptitudes) et les complexes (résultats hétérogènes). Il vaudrait donc mieux parler de zones de hautes potentialités dans un profil plutôt que d'individus à haut potentiel (par facilité j'utiliserai "ZHP"). Enfin, dans les sciences humaines, toute mesure suppose une marge d'erreur... On l'oublie trop souvent! Tout cela doit amener à envisager ce chiffre de 130 de manière souple. Par exemple pour identifier des zones de haute potentialité chez des individus ayant un QI en dessous de 130 ou pour considérer comme HP un individu ayant obtenu un score de 127 tout en ayant plusieurs zones de hauts potentiels dans les aptitudes mesurées... Ou, tout simplement, pour considérer que les humains sont sur des continuum plutôt que dans des cases étanches! On peut ensuite relever différentes caractéristiques généralement communes (Ce ne sont pas des lois immuables...) qui ont été relevées chez les individus à ZHP lors d'études portant sur des cohortes assez larges. Chez l'enfant à ZHP, on notera généralement un développement neuro-posturo-locomoteur en avance (lecture, parole, marche) et plus de focalisation (notamment visuelle) dès la naissance. Au niveau biologique, on note un cerveau moins activé par les tâches simples et plus activé par les tâches complexes. On notera aussi un certain effet protecteur sur la santé sauf en matière de drogue et de dépression.


De par leur QI élevé, les individus à ZHP réussissent généralement bien dans les domaines scolaires puis professionnels. Et oui! C'est parfois occulté par la psychologie orientée "problèmes" (d'où l'intérêt de la psychologie positive) mais être à ZHP c'est avant tout une super ressource! Le développement social est généralement bon et il a souvent une place de leader. Le mythe de l'humain à ZHP inadapté, souffreteux et isolé en prend donc un coup...


Il y a toutefois parfois des problèmes causés par la précocité de son développement par rapport aux autres individus de son âge ou par rapport à d'autres champs de son développement interne (Savoir expliquer ce qu'est un cytoblaste tout en ayant la maturité émotionnelle d'un enfant de 5 ans, c'est ce qu'on appelle une dysynchronie). Ceci est parfois compensé par la fréquentation d'individus plus âgés, ce qui peut poser des problème relationnels à l' adolescence. (Pourquoi tu colles le mioche, vas jouer avec tes cytoblastes!)

Notons que dans "haut potentiel", il y a "potentiel"... Une aptitude innée doit encore être développée grâce à des facteurs environnementaux (Essentiellement le milieu familial qui est stimulant ou pas). Cela permet au ZHP une précocité de l’intelligence, ce qui le pousse à chercher des conditions environnementales propices au développement de l’intelligence. C'est l' établissement d’un cercle vertueux... Qui pourrait, en fonction des circonstances, ne pas se mettre en place...


L'identification du ZHP se fait donc un contexte global au sein duquel il est bon d'identifier les représentation personnelles et familliales autour du HP (Oui j'utilise volontairement "HP"... c'est pour signifier qu'il s'agit de représentations culturelles qui ne sont pas toujours correctes). "Sa mère est HP et je l'ai quittée car elle ne savait pas communiquer" ou "Il ya un gène de l'intelligence qui a toujours bénit notre famille" sont deux discours issus de deux représentations très différentes... Qui amèneront des manières de vivre le HP très différentes... Il faut aussi vérifier si l'individu identifie bien ses zones de hautes potentialités (Avec les intelligences multiples de Gardner par exemple). Enfin il faut préciser son contexte socio-affectif et identifier ce qui peut venir s'entrechoquer dans son profil psy (Anxiété, perfectionnisme,...)


En effet, si les ZHP sont toujours des ressources et qu'aucune pathologie ou trouble psychologique n'a pu être associé au haut potentiel, celui-ci n'est pas non plus à l'abris de certain troubles (Dans des proportion généralement identiques à la population générales). Et, dans ce cas, si les ZHP restent des ressources, il peut entrainer une prise en charge inadéquate ou tardive. C'est le cas quand est associé aux ZHP un trouble neuro-développemental . Quand un enfant est à la fois ZHP et atteint d'un trouble dys ou d'unTDA/H ces derniers sont plus difficiles à repérer car les troubles sont compensés par les ZHP. Cela pose problème car, si ces enfants ne sont pas accompagnés, le décalage entre leurs capacités cognitives et leurs résultats peut mener à des difficultés scolaires (Parfois tardivement, quand la compensation ne suffit plus) puis d'insertion socio-professionnelle ce qui peut mener à des symptômes dépressifs ou des troubles de la santé mentale. Cela explique aussi que les diagnostiques tardifs (à l'âge adulte) de troubles dys ou de TDA/H ont plus de chances d'être associés à un ZHP.


Le ZHP est parfois rapproché de l'autisme par deux traits qui se développent occasionnellement chez les ZHP et qui peuvent sembler commun avec l'autisme: l'isolement social et la spécialisation sur un centre d'intérêt. Prenons tout d'abord l'isolement social. Si ce trait peut exister chez le ZHP il est de nature totalement différente de celui résultant de l'autisme. En effet, dans le cas du ZHP, l'isolement n'est pas automatique (Et, rappelons le, la plupart des ZHP sont socialement très bien intégrés...) et, si il existe, il provient généralement du fait que l'environnement n'est pas adapté au développement cognitif précoce de l'individu. L'autisme entraine lui automatiquement l'isolement social puisque c'est un de ses symptômes... Ensuite, la spécialisation sur un sujet dans le cas de l'autisme ou du ZHP est aussi de nature très différente. Dans le cas de l'autisme il s'agira essentiellement de mémorisation servant de refuge intérieur face à un monde extérieur avec lequel il y a un refus d'entrer en contact. Dans le cas du ZHP, il s'agira d'un maitrise profonde de tous les aspects d'un sujet entrainée par une curiosité pour le monde extérieur. L'autisme peut exceptionnellement être accompagné de certaines aptitudes cognitives exceptionnelles mais ils seront toujours limités dans la vitesse de traitement et leur coupure avec le monde extérieur les empêchera de développer ces aptitudes très loin. Ils ne pourront pas enclencher le cercle vertueux du ZHP décrit plus haut...

Il n'y a pas non plus de corrélation entre ZHP et troubles de la personnalité . Au contraire, on observe qu'au plus le QI augmente, au moins il y a de troubles de la personnalité (Même si ce n'est pas une loi immuable). Le portrait médiatique du HP (Représentations sociales!) pouvant paraitre se rapprocher de la personnalité borderline, on remarque qu'ils sont nombreux à consulter pour cause de HP. Le HP sert ici souvent de refuge identitaire car il est plus acceptable socialement...


On observe d'ailleurs que les demandes de bilan intellectuel sont de plus en plus fréquentes car le HP est médiatisé et vulgarisé. Pour que ce bilan soit bien passé pour le bénéfice de tous, il y a des questions que les professionnels de la santé devraient toujours se poser avant la passation, lors de l'anamnèse. Qui est à l'origine de la demande un parents, les parents, un ou des enseignants, un autre professionnel de la santé? Touts ces acteurs n'ont pas la même connaissance du (Z)HP et il peut exister des conflits entre ces différents acteurs que le bilan serait sensé trancher. Quelle est la demande de l'enfant? Quelle est la temporalité de la demande (Début ou fin d'année scolaire)? Y a t il eu un long délai entre les premières évocations de HP et la demande effective de bilan? Il y a aussi des enjeux psychologiques sous jacents à identifier: le déni de certaines difficultés, le besoin de déculpabilisation, les enjeux narcissiques, la valorisation sociale, l'illusion de la solution magique ou encore des résonances dans le système familial. Voilà, la problématique est posée... Reste à voir la spécificité de l' accompagnement d'un enfant / adolescent ZHP puis d'un adulte ZHP!

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